Il dirottamento della lingua per delimitare i confini delle nazioni e per definire l’identità nazionale (Ing. & Fr.)

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“Back to the 19th century: how language is being used to mark national borders. According to a series of newspapers, immigrants will apparently change the English language in Britain beyond repair over the next 50 years. The Daily Telegraph, the Daily Mail and the Daily Express have all run alarming stories on this topic. Language will change “because there are so many foreigners who struggle to pronounce” certain sounds, such “th” as in thin or this.” Mario Saraceni – Senior Lecturer in English Language and Linguistics, University of Portsmouth – Article translated into French by myself.

Follow the link to find the entire article in its english version.  http://theconversation.com/back-to-the-19th-century-how-language-is-being-used-to-mark-national-borders-66357

Le détournement de la langue pour définir les frontières et l’identité nationales. – Selon les articles de certains journaux, les immigrants pourraient altérer la langue anglaise en Grande-Bretagne de manière définitive au cours des 50 prochaines années. Le Daily Telegraph, le Daily Mail et le Daily Express diffusent des nouvelles alarmantes à ce sujet. Notre langue va changer “parce qu’il y a tous ces étrangers qui n’arrivent pas à prononcer” certains sons.

Ces revendications proviennent d’un rapport récent du sociolinguiste Dominic Watt de l’Université de York et du professeur d’anglais Brendan Gunn qui décrit la façon dont la langue anglaise est susceptible de changer en Grande-Bretagne au cours des prochaines décennies. Le rapport explique que l’utilisation accrue de la technologie et l’influence culturelle grandissante des quartiers de la ville de Londres et des États-Unis seraient à l’origine de ce changement. Cependant, il ne mentionne en aucun cas l’immigration, et encore moins qu’elle puisse être la cause de l’altération de la langue anglaise. Alors, comment ces journaux ont-ils procédé pour transformer un rapport sur l’évolution de la langue en pamphlet anti-immigration?

La réponse réside dans la façon dont les langues sont interprétées, en particulier en Occident. Examinons par exemple le nom des langues européennes comme l’anglais, le français, l’allemand, l’italien, l’espagnol. Considérons maintenant le noms des pays où ces langues sont parlées: Angleterre, France, Allemagne, Italie, Espagne. Et également, les noms des personnes qui vivent dans ces pays: les Anglais, les Français, les Allemands, les Italiens, les Espagnols. Tous ces noms indiquent qu’il existe un lien évident et entièrement naturel entre les langues spécifiques, ceux qui l’utilisent et les territoires qu’ils habitent.

Une conception vieille école.

Or, cette idée contestable, loin d’être évidente trouve ses racines dans le nationalisme européen du 19ème siècle. Cette idéologie née du romantisme et de la principale conception qui soutient que la langue est le facteur déterminant de l’identité des peuples. “Ceux qui parlent la même langue sont liés les uns aux autres par une multitude de liens invisibles.», écrit Johann Gottlieb Fichte s’adressant à la nation allemande en 1806. Ce concept a plus tard contribué à la création d’états nations indépendants et post-napoléonien Europe dans la seconde moitié du siècle.

Mais ces états nations en devenir se heurtaient à un problème. Pour que la langue devienne le principal facteur déterminant de leur identité nationale et de leur appartenance à un territoire, une longue existence antérieure de caractéristiques reconnaissables et distincts (des règles, des mots et des sons) devait rendre possible son effet. Ce qui est très loin de la vérité: les langues sont dynamiques, en constante évolution, et se fondent aisément les unes aux autres.

Ainsi, vers la fin du 19ème siècle, à l’apogée du nationalisme européen, des études sur l’histoire des langues ont été mises en place afin de démontrer l’aspect primordial du lien entre leur existence et l’idéologie. Par exemple, dans les années 1880, les historiens linguistes ont commencé à utiliser le terme “Old English” en référence à la variété des langues utilisées en Grande-Bretagne avant la conquête normande. L’avantage évident du “Old English”, appelons-le l’«anglo-saxon», est qu’il suggère clairement que ce qui est dit aujourd’hui et ce qui a été dit il y a plus de 1000 ans est fondamentalement une seule et même langue.

Cependant, tout anglophone essayant de lire un texte écrit en “Old English”, va immédiatement se rendre compte, qu’il y a 1000 ans les anglais parlaient une langue si différente de l’anglais contemporain qu’elle apparaît comme une langue étrangère à nous modernes. En effet, nous pouvons reconnaître quelques mots bizarres ici ou là, mais la même chose se produit quand nous lisons du français, néerlandais ou de l’allemand. Et pourtant, cette langue à l’aspect étrange a commencé à être appelée “Old English”, afin de démontrer la continuité linguistique – et, avec elle, l’identité nationale – à travers les siècles. Nous n’avons jamais réellement abandonné cette conception des langues du 19 siècle.

La peur du multiculturalisme

En Europe cette crainte incite à la recherche d’un rétablissement plus significatif des frontières nationales, la langue est à nouveau instrumentalisée pour baliser les frontières entre les gens. Ainsi cela correspond parfaitement à l’ordre du jour anti-immigration de certains journaux. Leur logique va suivre à peu près ces trois grandes lignes:

a) La langue anglaise est la langue de l’anglais (du peuple anglais) puisqu’il en a été ainsi depuis des temps immémoriaux.

b) Aujourd’hui elle subit une rapide évolution, et cela ne peut occasionné que par la présence des personnes non-anglophones (immigrants).

c) Par conséquent, en vivant ici et en galvaudant notre langue, les immigrants sont en train non seulement de la change ainsi par conséquent que l’essence même de notre identité nationale. Et c’est en puisant dans cette idéologie du 19e siècle et son concept d’enracinement des langues nationales, que les journaux ont pu alimenter une attitude essentiellement xénophobe.

Et ce en dépit du fait que le rapport ne puise aucune de ses références dans l’immigration, mais dépeint également les changements de la langue anglaise comme faisant partie du processus normal et physiologique de l’évolution du langage.

Cette association tenace de la langue avec l’identité nationale était au cœur d’une version extrême du nationalisme qui a conduit l’Europe vers deux guerres mondiales. Mais nous pouvons inverser cette tendance: si nous comprenons que la fluidité des langues est dans leur nature même, si nous apprécions la façon dont elles évoluent, dont elles s’amalgament et se confondent parfois, vivre ensemble deviendra plus facile et le multiculturalisme ne sera plus si effrayant.

 

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